Interview de S. J. Hayes – Auteure indépendante

s j hayes

Nous partons aujourd’hui à la rencontre de S. J. Hayes, auteure indépendante francophone de romance paranormale.

Bonjour, S. J., et merci d’avoir accepté cette petite interview. Pourrais-tu, s’il te plaît commencer par nous parler de toi et de ton parcours d’auteur ?

Bonjour, Blandine ! Merci à toi de me donner cette opportunité. Alors, je suis Française et Canadienne de naissance… Dans ma famille, on bouge beaucoup depuis trois générations ! Ce qui fait que je suis née à Montréal, mais j’ai grandi en France. À la base, je me sens surtout française, mais ça va faire dix ans que j’ai décidé de revenir vivre au Québec ; j’y ai fondé une famille, et donc je suppose que j’appartiens de plus en plus à ce pays !

Ça fait longtemps que je rêve d’être publiée et que j’écris en secret ; depuis le CM2, en fait. À la fin de mes premières études (ça remonte déjà à plus de 10 ans !), j’ai décidé de prendre ça un peu plus au sérieux, et je me suis intéressée à l’aspect plus commercial et “industriel” de la chose : qu’est-ce qui se vend, où être publiée, etc. C’est comme ça que j’ai découvert la romance. Sauf qu’à l’époque, les éditeurs francophones ne publiaient pas de romance ! J’ai donc un peu écrit en anglais, j’ai aussi écrit dans d’autres genres… Mais j’avoue que j’avais vraiment du mal à aboutir ; j’étais incapable de finir plus que des nouvelles.
En 2011, j’ai reçu ma première liseuse, et Amazon a ouvert sa boutique Kindle en France. L’édition numérique et les possibilités qu’elle ouvrait aux personnes comme moi, “hors ligne éditoriale”, m’ont vite séduite. Seulement, je ne me sentais pas prête en tant qu’auteure ; je n’avais aucun roman sous le coude à publier, et je ne me voyais pas en terminer un avant plusieurs années. Alors, j’ai fait les choses à l’envers : comme il manquait objectivement d’éditeurs de romance en français, j’ai d’abord créé une structure d’édition (les Éditions Laska), dans laquelle j’espérais à terme m’autoéditer. En un sens, c’est ce qui est arrivé — j’ai publié mon premier roman en janvier 2018 –, mais pas vraiment comme je le prévoyais…

Qu’entends-tu par “pas vraiment” ce que tu prévoyais ?

Eh bien, deux choses : premièrement, ma maison d’édition n’a pas connu le succès que j’espérais. J’ai toujours eu l’envie d’entreprendre, d’être mon propre patron, mais j’avais 25 ans à l’époque, et je dois dire, aucune expérience ni en création d’entreprise ni en édition littéraire ! J’ai donc échoué à atteindre mes cibles : d’une part, la plupart des titres que j’ai édités se sont assez mal vendus, je n’ai jamais pu rendre le projet financièrement viable ; d’autre part, je n’ai pas su non plus réaliser la communauté dont j’avais rêvé autour de l’écriture et de la lecture de romance.
Deuxièmement, ma maison d’édition m’a vite occupée à temps plein, et je n’avais plus le temps d’écrire à côté ! Alors, au bout de quelques années, j’ai dû faire un choix, et j’ai fait celui de l’écriture. En somme, je n’ai pas réussi à être à la fois éditrice et auteure, même si, techniquement parlant, je m’édite dans le cadre de ma maison d’édition, et en profitant de tout ce que j’y ai appris.

 

Ce parcours t’a permis d’acquérir des compétences supplémentaires pour t’éditer toi-même. Qu’est-ce qui a changé dans ton quotidien depuis la sortie de ton roman en 2018 ?

En théorie, pas grand-chose. Je me suis construit un plan de carrière assez précis depuis la fin 2016. J’ai d’abord dû le reporter pour pouvoir m’occuper de mon fils, qui n’avait plus de garderie pendant la moitié de l’année 2017. Puis, je ne sais pas si c’est lié, le syndrome du deuxième roman ou quelque chose de ce genre, mais j’ai connu un passage à vide après la parution de mon roman… J’ai essayé de me tenir à mes objectifs, mais ça ne voulait pas. On peut se forcer à écrire, mais on ne peut pas se forcer à écrire quelque chose de bon. Ça, on peut juste l’espérer… J’ai pas mal remis en cause ma façon de travailler pendant cette période : peut-être que je devrais mieux préparer mes histoires avant de me lancer dans l’écriture, peut-être que je ne suis pas capable d’écrire un roman en 3 mois, etc. Mais, au final, maintenant que les choses sont revenues dans l’ordre, je ne peux pas l’expliquer… Parfois, ça marche, et parfois, ça ne marche pas. Ça défie ma volonté de tout organiser, en tout cas !

 

Oui, en tant qu’indépendants, je trouve aussi que nous sommes amenés à prendre du recul, nous remettre en question, “tester” des méthodes pour nous améliorer, et ce au quotidien. Quels sont, selon toi, les avantages et les inconvénients de l’autoédition ?

L’avantage, c’est de presque tout maîtriser de A à Z. Ça permet une grande flexibilité, que même un éditeur très à l’écoute ne peut pas égaler. Après tout, la seule façon d’être la priorité de son éditeur, c’est d’être son seul auteur… ce qui est le cas en autoédition ! À titre d’exemple, on peut publier un manuscrit dès qu’il est prêt, sans avoir à négocier et à s’insérer dans un calendrier de publication au milieu de X autres auteurs. Pour l’édition numérique, on peut aussi modifier quelque chose qui ne fonctionne pas ou qui n’est plus à jour dès qu’on le souhaite : changer la couverture, les annonces en fin de livre, etc. Bref, à tous égards, on peut être beaucoup plus réactif, ce qui n’est pas de trop, car vendre un livre n’est pas de la tarte…
Mais presque tout avantage est aussi son propre inconvénient. Pour commencer, en autoédition, il n’y a pas de validation ni d’accompagnement par une personne extérieure, supposée compétente. Il faut avoir confiance en ses propres capacités… Cela dit, je connais aussi des personnes qui ont choisi l’autoédition pour la raison inverse, soit pour échapper à la pression et à la nécessité d’être “à la hauteur” que représente pour elles une maison d’édition. J’avoue que moi-même, j’oscille entre les deux visions. Je n’ai pas de problème d’ego ni de légitimité (donc pas besoin d’être “validée” par un éditeur), mais je crois que devoir plaire à quelqu’un d’autre que moi-même me causerait du stress inutile, sans parler du risque de me trahir moi-même.
Ensuite, évidemment, s’autoéditer prend plus de temps, car on se rajoute les tâches d’édition en plus de l’écriture, et certaines personnes n’ont pas ou ne veulent pas prendre ce temps-là (pour faire ça, en tout cas ; là aussi, je peux comprendre que les subtilités de l’édition et du marketing ne passionnent pas tous les écrivains).
Enfin, surtout quand on débute, c’est sûr qu’on n’a jamais des moyens financiers équivalents à ceux d’une grosse maison d’édition, et il y a peu de chances qu’on voie ses livres en vente dans toutes les librairies du pays, ou annoncés dans le métro ! Au niveau des libraires, c’est sûr que ça nous coupe d’une partie du marché, mais c’est peut-être aussi l’occasion de redécouvrir une façon de faire plus artisanale, plus locale, d’humain à humain, plutôt que de s’en remettre à des méthodes de production et de vente industrielles, qui ne sont pas non plus sans inconvénient.

 

” D’humain à humain”. C’est un point qui revient beaucoup dans le discours des lecteurs lisant des auteurs indépendants.
Quel rapport entretiens-tu avec ton lectorat ? Participes-tu à des salons ou des séances de dédicaces ?

Pour être honnête, je n’ai pas tant de relations avec mon lectorat, moins que j’aimerais, en tout cas ! Mais j’ai une vision à long terme, et j’espère que cela va se développer petit à petit. J’invite toujours mes lecteurs à me contacter s’ils le souhaitent (je donne librement mon adresse courriel), et j’ai un forum sur mon site Web où n’importe qui peut démarrer sa propre discussion.
Jusqu’à présent, je n’ai pas eu l’occasion de faire de salon ni de séance de dédicaces, mais je vais participer à mes deux premiers évènements ce printemps : la Francofête, le 24 mars, à Longueuil (ma ville de résidence), qui est une sorte de festival généraliste de la langue française. Je ne sais pas si le public qui sera présent à cette occasion recoupe particulièrement mon lectorat, mais peu importe ! J’aime aussi l’idée de pouvoir sensibiliser les gens à la littérature en général, à l’autoédition, à la réalité du métier d’écrivain. J’ai la chance de pratiquer ma passion, et je crois que j’aime simplement la partager !
Puis, les 24 et 25 mai, je participerai (avec toi !) au Festival du roman féminin à Paris, qui est plus ciblé par rapport au genre que j’écris. Malgré tout, si on compte le billet d’avion et l’hébergement, je ne fais pas vraiment ça pour des raisons économiques… mais, justement, parce que j’ai très envie de rencontrer mes (potentielles) lectrices, et les autres auteures qui font vivre le genre. Contrairement à beaucoup d’écrivains, je ne suis pas spécialement introvertie (même si je suis timide !), et je me nourris beaucoup des rencontres et des échanges avec les autres.

 

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer en autoédition ?

Je lui conseillerais de répondre à la question suivante : si ton livre devait “échouer” (ne pas se vendre, ne pas plaire), est-ce que tu préfèrerais que ce soit ta faute, ou celle de quelqu’un d’autre ? Parce que, finalement, tant que tout va bien, on peut s’accommoder de beaucoup de choses. Et toutes les idées qui marchent nous paraissent bonnes a posteriori. C’est uniquement quand ça va mal qu’il faut vivre avec ses choix et les assumer… D’une manière générale, en littérature, le succès n’est tellement pas garanti qu’il faut impérativement vouloir ce qu’on fait ; sinon, il suffit que le succès ne soit pas au rendez-vous, et il ne nous reste plus rien. Je sais que beaucoup de gens se disent “je choisis une maison d’édition, car j’y aurai plus de chances de succès” ou, à l’inverse, “je choisis l’autoédition, car je gagnerai plus d’argent sur chaque vente”. Mais si vous n’avez ni succès ni ventes, ces considérations s’annulent. Ce qui vous reste, c’est : suis-je malgré tout fière de ce que j’ai accompli ? ai-je aimé le processus ? ai-je le sentiment d’être arrivée quelque part ? ai-je envie de le refaire ?

 

Pour finir, quels sont tes projets pour la suite ?

Là, je termine la version papier de mon premier roman, Nocturne (une romance paranormale). Je vais donc pouvoir me remettre à l’écriture du second, qui lui fait suite, et qui est en souffrance depuis plus d’un an ! J’espère le publier au cours du printemps. Pour cette année, je compte aussi écrire une novella de Noël qui fera le pont entre le deuxième et le troisième tome (final) de Nocturne. D’ici là, j’ai pour projet d’explorer d’autres genres : fantasy, science-fiction, romance historique… mais je préfère ne rien annoncer de concret à ce stade ; j’aurais peur de ne pas m’y tenir !

 

Merci pour le temps que tu m’as accordé lors de cette interview, Jeanne. Je te souhaite une excellente continuation et la réalisation de ces projets !

Merci à toi ! 😉

 

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