Interview de Shana Keers, auteure indépendante

shana keers

Shana Keers et la romance, c’est toute une histoire d’amour.

J’ai la chance aujourd’hui de recevoir sur le blog cette auteure talentueuse, afin d’aborder avec elle l’indépendance qu’elle a choisie pour son activité d’auteur.

Bonjour Shana, et merci de nous accorder ce petit entretien.
Je te laisse tout d’abord nous présenter ton parcours d’auteur.

Mon parcours d’auteure est un peu atypique. Je ne fais pas partie de ceux qui rêvaient de devenir écrivains depuis leur plus jeune âge. J’ai toujours eu une âme très cartésienne. Très matheuse et logique, le milieu littéraire était pour moi un autre monde. Pourtant, je lisais énormément. (Mes parents étant libraires, ça aide).

Bref ! Lecture oui, écriture non. D’ailleurs, mes profs de français me l’ont beaucoup répété : les dissertations et moi, ce n’était pas comme 2 et 2 font 4.

J’en étais même arrivée à faire faire mes disserts maison par des amies, c’est pour dire ! Mais bon, il y a prescription, hein ?

À l’âge adulte, pour m’amuser et comme j’aime les défis, il m’est arrivé d’écrire quelques poèmes pour des amies, toujours des acrostiches (parce qu’il y a une règle à respecter et donc j’aime ça), mais toujours loin de moi l’idée de faire davantage.

Puis bien plus tard, en 2015, (à 44 ans c’est bien plus tard n’est-ce pas ?), je me suis inscrite sur Wattpad après avoir vu une pub sur une quatrième de couverture. Mon but premier était d’y lire gratuitement, parce que je suis curieuse de nature et que le concept d’une plateforme pour auteurs amateurs me paraissait intéressant. En fait, en quelques jours, pour une raison que j’ignore encore, j’ai tenté d’écrire un chapitre moi aussi. Puis deux, puis trois. J’écrivais au feeling, sans plan et sans la moindre idée de ce que serait le chapitre suivant. Mais ça avait l’air de plaire. Alors, poussée par l’enthousiasme des commentaires que je recevais, je me suis prise au jeu.

Il n’y avait aucun enjeu et donc c’était plus un amusement qu’autre chose, peut-être même une sorte de revanche inconsciente sur toutes les remarques désagréables que m’avaient faites mes profs par le passé. Je crois que je le ne saurais jamais.
Bref, en trois mois j’avais bouclé mon histoire et reçu deux contacts de maison d’édition. Si au premier, j’ai vraiment cru à une blague, au second, je me suis dit « pourquoi pas ». Encore une fois, ça restait un défi. J’ai donc prévenu mes proches de ce nouveau hobby. (Ils sont tombés des nues).

Puis l’aventure a commencé.
Ensuite tout est allé assez vite. Mon histoire ayant été scindée en trois tomes, est parue sur trois mois et a eu un joli succès pour une auteure inconnue. Mes abonnés sur la plateforme gratuite m’ont demandé de poursuivre, j’étais lancée. J’ai continué.
Deuxième romans publiés. Puis troisième. Je n’avais plus un pied dans l’édition, mais les deux, et je n’avais plus l’intention d’en sortir. J’ai pesé le pour et le contre de l’édition traditionnelle, ou plutôt de la maison d’édition dans laquelle je me trouvais, et j’ai préféré continuer mon chemin seule en autoédition. C’est un choix mûrement réfléchi. Pour le moment, j’aime trop ma liberté pour m’embarrasser des contraintes d’un contrat d’édition.
Mais comme je n’ai jamais envoyé de manuscrit à une maison d’édition, je ne dis pas que je ne le ferais jamais. Peut-être un jour… pour un nouveau défi. Qui sait ?

 

En effet, il s’agit d’un parcours peu banal !

Qu’est-ce qui t’a plu dans l’indépendance, précisément ?  Ou inversement, que te manquait-il dans l’édition traditionnelle ?

Être en maison d’édition demande d’accepter non seulement de déléguer, mais aussi de ne plus avoir main mise sur toutes les étapes de la publication de son ouvrage.

Je suis indépendante de nature. J’aime avoir la maîtrise de ce que je fais. L’autoédition est synonyme de liberté totale d’expression. Et puis, pour être honnête, je déteste avoir des comptes à rendre à qui que ce soit. Être indé, c’est se féliciter si le résultat est à la hauteur de ce qu’on espérait, ou se mettre un bon coup de pied aux fesses dans le cas inverse. Au moins, personne d’autre que moi n’a à subir mon humeur.

 

Quelles sont selon toi, les plus grandes difficultés que peut rencontrer un auteur indépendant dans son quotidien ?

Elles peuvent être nombreuses, chaque auteur a ses faiblesses.

Tout d’abord, le manque de temps. L’activité d’auteur indépendant étant très chronophage, il faut être très organisé. Et quelquefois, cela ne suffit pas à tout faire dans les temps impartis. Il faut aussi de la rigueur et, lorsque l’on est seul derrière son ordi, ce n’est pas toujours simple de ne pas dévier. Procrastiner est facile et les réseaux sociaux une tentation.

Sinon, bien sûr, ce qui me semble être la plus grande difficulté est de se faire connaître. La visibilité est indispensable, mais elle est loin d’être évidente avec les maigres moyens d’un indépendant. L’absence de nos romans en librairie, en rayonnage, est un gros frein.

 

Quels conseils donnerais-tu aux auteurs hésitant à se lancer en tant qu’indépendants ?

Il ne faut pas se lancer en autoédition à l’aveuglette, mais bien préparer le terrain. D’abord, savoir où on veut aller exactement (diffusion, salon, vente en boutique en ligne etc) et s’intéresser au statut que l’on souhaite prendre pour cette activité. Il faut aussi réfléchir à sa manière de travailler. Quand je dis « travailler », j’entends par là, évaluer le nombre de casquettes que l’on portera en plus de celle d’auteur. Car il y en a beaucoup à tenir en dehors de l’écriture. Il peut être utile de contacter un graphiste et une correctrice par exemple pour obtenir un produit fini professionnel.

En gros, prendre un maximum d’informations en amont pour ne pas se sentir noyé et puis surtout, ne jamais baisser les bras. Abandonner est une idée qui passe par la tête de beaucoup d’indés à un moment ou à un autre à cause de la charge de travail, du manque de temps, de visibilité ou de résultat. C’est normal, mais il faut se servir de ses échecs pour rebondir, se remettre en question et s’améliorer.

En bref, l’autoédition est un milieu qui demande rigueur, ténacité et qui prend un temps infini. C’est le prix de la liberté et je crois qu’il faut en être conscient avant de se lancer et ne pas penser qu’il suffit de publier pour vendre. Car il ne faut pas se mentir, il existe plusieurs catégories d’indépendants : ceux qui prennent la chose à la légère (peut-être parce qu’ils ne souhaitent éditer qu’un seul roman, qui sait ?) et ceux qui veulent une reconnaissance professionnelle de leur travail et se considèrent comme des auteurs à part entière.

L’autoédition n’est pas un choix par défaut ou, du moins, elle ne doit pas l’être. C’est un peu utopique, mais ce serait bien que l’on en arrive là 😊

 

Je te rejoins complètement sur ce dernier point.

Vois-tu une évolution dans la perception que les gens ont de l’indépendance, ces dernières années ?

J’ai l’impression que oui, mais peut-être est-ce parce que maintenant, je le vois de l’intérieur. Je n’en sais rien. Évidemment, je parle de l’autoédition et non du travail d’indépendant en général.
L’autoédition est une activité récente en France. Mon sentiment est que, au départ, cette nouvelle activité a été vue un peu comme le Saint Graal pour bon nombre d’auteurs qui ont cru y trouver la solution à tous leurs déboires (refus en maison d’édition par exemple). Il s’en est suivi une multiplication des publications plus ou moins bonnes, tant dans l’écriture que dans la qualité du produit fini (mauvaises corrections voire pas du tout, couvertures amateures, mise en page à revoir etc…). Et malheureusement, la masse de ces publications a un peu noyé les bons textes et ceux qui méritaient d’être connus. Je crois sincèrement qu’au départ, le lectorat s’est senti floué, s’y est un peu perdu. Heureusement, ce phénomène tend à diminuer (enfin c’est mon impression). L’autoédition prend de l’ampleur en terme de visibilité, mais les auteurs intéressés sont également bien mieux informés sur le sujet. Du coup, certains se lancent en toute connaissance de cause et les autres ne franchissent pas le pas, parce qu’ils réalisent que ce n’est pas pour eux. Quant au lectorat, il a bien compris qu’il y avait, en autoédition, des œuvres dignes d’être élevées au rang de celles que l’on trouve en maison d’édition traditionnelle. Les lecteurs et lectrices sont de plus en plus curieux de rentrer dans l’univers de l’autoédition. Ils sont intransigeants, mais justes. C’est aussi un lectorat fidèle, indispensable à notre métier, et qui, à mon sens, se sent plus proche de nous et plus concerné par notre réussite.

 

Pour terminer, si tu devais citer :

– Un auteur dont tu ne manques pas une sortie : Il y en a deux : John Grisham et Dan Brown. Comme tu le vois, rien à voir avec la romance. 😊

– Un roman de référence pour toi : Aucun en particulier. Je n’ai pas tendance à m’attacher à mes lectures au point d’en trouver un qui serait le must du must. Un coup de cœur en chasse un autre et, à vrai dire, au bout de quelques années, je peux relire un ancien roman presque comme si je le découvrais pour la première fois. J’admire les lectrices capables de se souvenir de détails de leur lecture des mois après. Ça, je ne sais pas faire.

– un mot d’ordre pour ton quotidien : Optimiser mon temps. C’est une priorité absolue.

– Un adjectif te qualifiant : Obstinée. Quand je veux quelque chose, je ne lâche rien, jusqu’à ce que je l’obtienne.

– Une personne que tu admires : Toutes celles qui se battent pour leurs idées (dans le respect des autres bien entendu).

– Un objectif à atteindre : Obtenir plus de visibilité donc augmenter mon lectorat 😉

 

Merci encore pour le temps que tu as accordé à La Plume effrontée, Shana et bon vent à tes projets !

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