Interview de Jean-Yves Normant, PDG de Bookelis

Bookelis

Parce que l’offre de services proposés aux auteurs indépendants ne cesse de croître, à l’image de la mouvance indé dans son ensemble, j’ai eu le plaisir d’interviewer Jean-Yves Normant, fondateur et PDG de la plateforme Bookelis.

Un entretien riche d’informations sur ce groupe créé en 2013, qui ne cesse de prendre de l’ampleur depuis, proposant aux auteurs des services variés et professionnels pour les accompagner.

Tout d’abord, bonjour, Monsieur Normant, et merci de bien vouloir nous accorder un peu de votre temps. Pourriez-vous nous présenter Bookelis en quelques mots, pour commencer ?

Bonjour et merci à vous pour cette interview.

Bookelis est une entreprise française, lancée en 2013 lors du Salon du livre de Paris. Notre rôle est d’apporter aux auteurs indépendants des outils de niveau professionnel pour publier leur livre facilement et ensuite maximiser les ventes. Avec 14000 titres en catalogue, nous sommes en plein développement. Nous accueillons des auteurs débutants aussi bien que des professionnels qui vivent de leur plume. Parmi ces professionnels la plupart sont « hybrides », c’est-à-dire qu’ils publient certains livres en autoédition et d’autres chez des éditeurs.

Quels sont les services proposés aux auteurs ? Comment fonctionne la collaboration entre Bookelis et les auteurs ?

Les auteurs qui s’adressent à nous ont des attentes variées. Certains souhaitent uniquement imprimer des livres à la demande (il y a aussi des étudiants qui impriment des thèses ou des rapports), d’autres cherchent une large distribution auprès des libraires. Pour les livres papier, notre partenariat avec Hachette Livre permet de donner accès à un réseau de 10 000 libraires physiques. Pour les livres numériques nous proposons un accès à la quasi-totalité des sites libraires francophones, dont Apple, Fnac-Kobo et bien sûr Amazon, mais aussi les réseaux Dilicom, TEA ou encore Tolino.

Au-delà de la distribution, nous proposons à la carte des services de création de couverture, de mise en page, de correction des textes et des services de promotion.

L’auteur dispose d’une grande liberté, car notre site est fortement automatisé. Mais surtout, nous sommes particulièrement réactifs pour répondre aux questions ou donner des conseils. Nous avons à cœur de donner une place importante aux relations humaines. Les auteurs nous remercient souvent pour la rapidité et la qualité de nos réponses, qui les surprennent quand ils sont habitués aux grandes plateformes web impersonnelles.

Quels sont les avantages d’une bonne diffusion pour les auteurs indépendants ?

 C’est essentiel, pour de nombreuses raisons. Si un lecteur possède un iPad et que votre livre numérique est uniquement chez Amazon, y ouvrira-t-il un compte pour l’acheter ? Non, il l’achètera uniquement s’il est disponible chez Apple. Une large distribution permet de vendre plus de livres.

Il est très important également de commercialiser son livre au format papier et ne pas se contenter du numérique. Le livre numérique est une très belle opportunité et il faut s’y intéresser, mais aujourd’hui il représente 8% des ventes en France. Cela signifie que le papier en représente 92% ! Aucun auteur indépendant ne devrait négliger cela. Or pour les livres papier, la grande majorité des lecteurs s’adressent à leur libraire habituel, celui chez qui ils aiment aller flâner. Si un livre n’y est pas disponible à la commande, ils ne l’achèteront tout simplement pas. Pouvoir annoncer « disponible en librairie » est un vrai plus lorsqu’on commercialise un livre.

Un large référencement ouvre aussi la possibilité de visiter des libraires et leur proposer de prendre des exemplaires en vitrine, d’organiser des séances de dédicaces.

Une distribution globale élargit l’horizon, de nouvelles pistes apparaissent, de nouveaux lecteurs. Nous accueillons régulièrement des auteurs qui ne connaissent que l’écosystème d’Amazon. Quand ils découvrent les opportunités d’une large distribution, ils ne reviennent pas en arrière.

L’autoédition a le vent en poupe au sein de la francophonie, suivant la tendance de nos cousins américains. Selon vous, quels sont les points essentiels pour qu’un auteur indépendant soit « pris au sérieux » dans ce nouveau modèle éditorial ?

 Comme je l’explique dans mon guide gratuit sur l’autoédition, l’essentiel est – et sera toujours – d’écrire un excellent livre qui saura toucher les lecteurs au plus profond. C’est le plus difficile. Je crois qu’il est important de garder ça à l’esprit.

Ensuite, lors de la publication il faut soigner chaque étape : faire corriger son texte (de préférence par un correcteur professionnel), réaliser (ou faire réaliser) une très belle couverture, publier aux formats papier et numérique, élargir au maximum la distribution…

En résumé, il faut agir en professionnel.

La promotion est souvent la partie un peu mystérieuse et inquiétante pour les auteurs. Il n’y a pas de recette miracle. Il faut faire un travail de promotion de base comme pour tout produit lancé sur le marché : présence sur les réseaux sociaux, démarches de libraires et de salons du livre, contacts de bloggeurs et de médias, constitution d’un fichier de contacts (mailing list)… Il faut de l’authenticité, se faire plaisir, rester en accord avec sa personnalité. Une promotion qui sonne vrai touchera davantage les gens.

Mais il faut aussi avoir conscience que les retombées et l’efficacité de la promotion sont très aléatoires. Il est impossible de maîtriser cela. Contrairement à une idée répandue, je pense que les auteurs ne doivent pas trop se focaliser dessus. Les ventes d’un livre ne sont pas du tout proportionnelles à l’effort promotionnel. De plus on peut rarement y consacrer beaucoup de temps. On en revient à ce que je disais plus haut : l’essentiel, c’est l’écriture.

En effet, la base reste l’écriture et le travail fourni sur le texte, même si, comme vous le soulignez, un travail de promotion complet devra ensuite mis être en œuvre. Parmi les livres diffusés via vos services par l’intermédiaire de Hachette, certains trouvent-ils leur place dans les rayonnages de librairies ?

Oui bien sûr. Parmi les auteurs qui utilisent nos services, 80% des ventes se font par le réseau des libraires. Les 20% restants sont constitués des ventes directes réalisées par l’auteur et des ventes sur notre librairie en ligne.

Bien entendu ce n’est pas automatique. Pour qu’un libraire prenne un livre en rayon, il faut que l’auteur le démarche et le rassure sur la qualité de son livre. Les libraires n’ont pas le temps de tout lire ; et ils ne veulent pas vendre des livres médiocres à leurs clients. Il est fréquent que le libraire demande un exemplaire pour y jeter un œil, avant de se décider. C’est normal et il faut l’accepter. Il faut aussi démontrer au libraire que le livre qu’on lui présente est autoédité de façon professionnelle. On en revient à ce que je disais précédemment : il faut soigner chaque étape. Le libraire veut vendre un livre de qualité. C’est aussi un commerçant, ne l’oublions pas.

Proposer une séance de dédicace est une bonne approche. Une fois la dédicace passée il sera enclin à garder quelques exemplaires en rayon.

J’entends régulièrement des anecdotes d’auteurs sur des refus de libraires, qui leur répondent parfois avec un certain mépris. Cela existe, bien sûr. Face à cette expérience désagréable, deux réactions possibles : laisser tomber les démarches, ou continuer en restant optimiste. Évitons les préjugés erronés : la majorité des libraires sont accueillants et ouverts ; nous le voyons tous les jours à travers leurs commandes en augmentation. Je suis persuadé que l’autoédition continuera de se développer avec les libraires.

 Quels sont les axes de développement envisagés pour Bookelis durant les prochains mois, ou prochaines années ? Y a-t-il des projets en cours dont vous pourriez nous parler ?

Pour les auteurs expérimentés, nous avons lancé récemment le programme Pépites Bookelis. Il permet d’avoir accès gratuitement à nos packs de distribution via Hachette Livre, ainsi que des tarifs d’impression réduits. Pour intégrer ce programme qui est très sélectif, les auteurs doivent respecter des conditions (expérience, nombre de ventes…).  https://www.bookelis.com/content/123-les-pepites-bookelis

Nous allons par ailleurs continuer à développer des outils pour aider les auteurs à publier et vendre plus de livres. Je ne peux pas en dire plus pour le moment !

Comme vous le soulignez, de nombreux auteurs sont désormais « hybrides », c’est-à-dire qu’ils ont fait le choix de publier certains de leurs romans via des éditeurs et d’autres en autoédition. Que pensez-vous de ce phénomène ?

L’édition traditionnelle comporte des avantages pour un auteur : confort d’un éditeur qui gère la publication ; puissance commerciale (du moins s’il s’agit d’un gros éditeur) ; prestige éventuellement.

L’autoédition en comporte également : liberté de publier des textes qu’un éditeur juge trop risqués ou trop originaux ; possibilité d’augmenter ses revenus de façon parfois significative ; aspect artisanal qui peut être très gratifiant ; possibilité de gérer un timing de publication serré…

Pourquoi se cantonner à l’un quand on peut profiter du meilleur des deux mondes ? Les auteurs hybrides l’ont compris et utilisent les deux. C’est pourquoi je suis persuadé qu’il ne s’agit pas d’un simple phénomène transitoire, mais que cela va s’installer à long terme.

Concernant plus spécifiquement les auteurs professionnels, ceux qui vivent de leurs créations, il y a un malaise grandissant. Les droits d’auteur versés par les éditeurs ne permettent plus de vivre décemment, la couverture sociale est faible et la retraite diminue à chaque réforme. On n’imagine pas un instant des salariés français qui subiraient des conditions aussi précaires au 21e siècle. Pour les auteurs c’est ainsi, et cela se dégrade sans cesse, car les ventes moyennes des éditeurs diminuent chaque année depuis plus de 20 ans. Les grands éditeurs compensent en publiant plus de titres et au final ils retombent sur leurs pieds. Mais les auteurs ne peuvent pas en faire autant. Il est clair que le système éditorial traditionnel s’essouffle. D’où les mouvements #payetonauteur et plus récemment Extinction culturelle.

Dans ce contexte l’autoédition peut apporter un complément de revenus et rendre moins dépendant des éditeurs. C’est principalement pour ça que les auteurs professionnels deviennent de plus en plus hybrides. Ils/elles prennent les choses en main pour mieux gagner leur vie et assurer leur avenir. Cela va continuer.

Que peut-on souhaiter pour l’avenir de la littérature francophone ?

Beaucoup de livres qui feront rêver les enfants et les plus grands. Et aussi des livres qui feront réfléchir et apporteront un peu de liberté et de sérénité dans les esprits.

 Enfin, peut-on vous rencontrer lors de salons littéraires ?

Le salon de l’autoédition organisé par Écriture Plurielle à Lyon. Le salon des plumes indépendantes à Bordeaux. Le festival du roman féminin. Et nous pensons être de retour au salon Livre Paris l’année prochaine.

 Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé, Monsieur Normant.  Cette entrevue fut riche d’enseignements et permettra à bon nombre d’auteurs de découvrir les possibilités offertes par Bookelis.

Pour en savoir plus sur Bookelis :

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