Faire traduire son roman

faire traduire son roman

Faire traduire son roman, voilà une idée qui nous a tous traversé la tête un jour. Comme un petit “Et si jamais ?”, discret, incertain et plein d’espoir, cette pensée va et vient, nous laissant de temps à autre s’imaginer ce que cela pourrait donner.

Voir ses romans publiés à l’étranger, et en particulier aux États-Unis, nous fait tous rêver. On salive, on admire ces auteurs dont les œuvres ont cartonné hors de nos frontières, et plus encore ceux étant parvenus à attirer l’attention de cinéastes renommés.

Le rêve américain n’est pas mort, et plus encore, dans le cas des romanciers, il s’étend au monde entier. Le rêve international.

Seulement, nous sommes vite envahis de questions auxquelles il est difficile de trouver des réponses. Je vais tenter aujourd’hui de vous en fournir un maximum.

Non, aucun de mes romans n’a été repéré par James Cameron pour son prochain film, mais je me lance depuis cette année dans la traduction de plusieurs de mes romans, et peux donc déjà vous permettre d’obtenir plus d’informations sur les coulisses d’une telle entreprise.

1 – Se faire traduire : pourquoi ?

Chacun sera libre de répondre à cette question. Pour ma part, tout est venu de ma dernière saga qui connait un petit succès en France, et dont l’intrigue se passe au sein d’un club de motards hors-la-loi dans l’état de Californie. L’histoire elle-même, donc, se déroule chez l’oncle Sam et fait appel à des codes, à des faits réels et des inspirations américaines. C’est donc en toute logique que je me suis un jour posé la question : et si je tentais de le faire traduire en anglais ? Le public US pourrait peut-être se montrer réceptif à cette saga très documentée concernant des groupes vivant sur leur territoire.

Tout est donc parti d’un petit “Et si ?”, une fois encore. Les doutes n’empêchent pas le rêve.

Je suis partie du principe que je n’avais rien à perdre et tout à gagner. Dans le pire des cas,  mes romans passeraient inaperçus, et dans le meilleur, je rencontrerai de nouveaux lecteurs, hors France. Dans tous les cas, ce serait une expérience unique, et ne pas la vivre entraînerait trop de remords. Alors je me suis jetée à l’eau.

 

traduction

2 – Par qui ?

S’il est un principe auquel je tenais, concernant la traduction, c’était de faire appel à un traducteur natif du pays de la langue vers laquelle je voulais traduire mes romans. Personne ne sera plus en mesure de fournir un travail réaliste que quelqu’un dont la langue de sortie est la langue maternelle.

Mais cela ne suffit pas. Beaucoup de natifs d’un pays sont bien incapables de traduire un texte en respectant ses nuances, son ton général, ses niveaux de langages, ses jeux de mots…
Traduire un roman n’équivaut pas du tout à traduire une notice technique ou un rapport scientifique.

L’idéal étant une personne dont le sérieux et le professionnalisme ont déjà été prouvés, approuvés aussi, que ce soit par des auteurs dont elle a déjà traduit des romans, ou par son parcours.

Vous l’aurez compris, on ne trouve pas un bon traducteur au coin de la rue, il faut partir à l’aventure, se remonter les manches et fouiller dans une jungle incertaine.

3 – Comment ?

Si vous n’êtes ni hybride, ni indépendant, alors la traduction peut-être effectuée par votre éditeur ou via un autre éditeur, mais autant vous dire que pour mériter pareille récompense, il faut en général avoir écrit un bestseller, puisque aucun éditeur ne s’engagera à la légère sur de tels investissements.
Côté indés & hybrides, tout se simplifie, puisque vous êtes seul capitaine à bord.

Pour se lancer dans la traduction d’un de ces romans, plusieurs possibilités s’offrent à vous. Voici les 3 principales.

• Seul

Vous êtes bilingue de naissance et maîtrisez parfaitement les expressions communes, les niveaux de langues et autres particularités de la langue de sortie. Vous pouvez dans ce cas, peut-être vous charger vous-même de la traduction. Cependant, je vous alerte sur un point : beaucoup de personnes, sous prétexte de bien maîtriser une langue, s’imaginent obtenir un résultat parfait. Or, le fossé entre “bien parler une langue” et “être capable de traduire un roman” est immense ! Pour les traductions anglophones, il est également bon de tenir compte que chaque nation dispose de ses propres expressions, et de ses propres codes. C’est donc un pari hautement risqué que de se lancer seul dans un tel périple. Mais si le défi ne vous effraie pas, pensez, pourquoi pas à faire relire votre manuscrit une fois traduit par plusieurs personnes natives du pays cible.

• Babelcube

Babelcube est une plateforme mettant en contact des auteurs désireux de voir leurs romans traduits et des traducteurs. Vous créez gratuitement un compte en ligne et renseignez les fiches de vos romans pour que les traducteurs connectés puissent librement venir les découvrir et peut-être s’y intéresser. Cette plateforme à l’avantage d’être à double sens : les auteurs aussi peuvent rechercher un traducteur via un moteur de recherche prévue à cet effet, dans lequel, il est possible de se montrer extrêmement précis.

babelcube

Comme indiqué sur l’image, vous choisissez la langue de départ, celle d’arrivée, et vous pouvez en plus exiger que la personne soit native du pays de la traduction souhaitée.

Selon vos critères, Babelcube vous propose toute une liste de traducteurs potentiels. Chacun est noté par les auteurs dont il a déjà traduit les romans, ce qui permet déjà de faire un premier tri, via leurs notes respectives.

Si un profil vous plaît, vous pouvez envoyer un message à un traducteur. Vous pourrez envoyer une demande de traduction une fois par jour et par roman maxi. Il faudra donc vous montrer patient avant d’avoir un retour positif. Certains traducteurs vous répondront qu’ils sont trop occupés en ce moment, et se désisteront donc. Il ne tient qu’à vous de persévérer en en contactant d’autres.

Il est également possible sur la fiche de chacun d’entre eux de voir les titres qu’il a déjà traduits. Une simple recherche internet vous montrera les avis des lecteurs sur ces titres afin de vous faire une idée de départ.

babelcube

Petit inconvénient, tout le site est en anglais, puisqu’il est tourné vers l’international.

Pour ma part, malgré toutes mes demandes, je suis restée 5-6 mois sans retour favorable. Et puis un jour, un traducteur m’a contacté pour une traduction d’une de mes romances en anglais. J’ai accepté. Peu de temps après, une demande pour une version espagnole. Et voilà comment j’ai débuté pour la partie “Babelcube”.

Attention, cependant, cela peut surprendre : c’est la plateforme qui fait signer un contrat type non modifiable aux deux parties, valable 5 ans.

Le traducteur à une dizaine de jours pour vous proposer un essai des premières pages, si vous le validez, c’est parti pour l’aventure !
Côté droits, c’est là où le bât blesse. Je m’explique : vous ne payez pas le travail de traduction, ni la plateforme dans un premier temps : l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de budget à avancer. L’inconvénient, c’est que ces frais là, vous seront en fait imputés via un pourcentage sur les ventes futures des livres. Rien n’est gratuit, logique !

Babelcube se charge de la diffusion du numérique et du broché, vous vous chargez de formater des fichiers Word et de fournir la couverture.
Côté calcul de droits, si le nombre de ventes est faible, l’auteur est nettement défavorisé, touchant moins encore que le traducteur. Plus le nombre de ventes augmente, plus l’auteur recevra un pourcentage important.

babelcube

Pour toutes questions supplémentaires, je vous invite à visiter leur FAQ ou tout est clairement précisé.

• Un traducteur indépendant

Dernière possibilité envisageable : faire appel directement à un traducteur.

Cette procédure à deux avantages évidents : elle permet de sélectionner la personne qui se chargera de votre roman et qui répondra à tous vos critères et avec qui vous pourrez créer un projet sur mesure.

Côté prix, mieux vaut être armé…

Pour avoir demandé des devis par dizaines les tarifs de traduction que l’on m’a proposés pour un roman de 350 pages allaient de 3000 à 8000 €.
Autant vous dire qu’avec 5 tomes à traduire dans ma saga, c’était impensable. Certes, le travail s’avère colossal, mais la réalité qui s’imposait à moi était simple : je ne pouvais pas financer une telle entreprise, par manque de fonds.

Alors je me suis tournée vers une amie auteure, également, de romance, comme moi, mais américaine de naissance. Parce qu’elle enseigne en France désormais et maîtrise à merveille notre langue, comme la sienne, et parce qu’elle connaît parfaitement les nuances que peut contenir une fiction, je lui ai parlé de mon projet. Elle a accepté, et m’a proposé un tarif bien inférieur, soit 1000 € chaque tome. C’est un tarif extrêmement bas, à côté des prix pratiqués, et j’ai été réellement chanceuse de pouvoir compter sur Kay.
Elle n’en fait pas son métier, et mes traductions vont l’occuper pour encore deux bonnes années (il faut compter 6-8 mois pour traduire 1 tome). Autant vous dire qu’il ne vous sera pas possible de passer par elle. Mais l’idée, c’est aussi de songer à toutes les alternatives.  Un bon réseau de contacts reste un atout évident dans notre activité d’auteur, surtout en indépendant où nous devons tout gérer seuls.

N’hésitez pas à chercher dans un rayon large autour de vous.

4 – BILAN

OUI, traduire un de ces livres peut s’avérer coûteux.

OUI, il est possible de contourner la barrière financière via un service comme Babelcube.

À chacun d’adapter l’offre à ce qu’il recherche.

Pour ma part, à ce jour, voici l’état de mes traductions :
• Tome 1 de ma saga Wild Crows (romance suspense traduite en anglais US et publié depuis janvier via mon amie Kay). Le tome 2 est prévu pour août, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
• Ce même tome est traduit depuis cette semaine en espagnol, via Babelcube. Il sera publié la semaine prochaine.
• Une comédie romantique est en cours de traduction en anglais via Babelcube.
• Un roman feel good est e cours de traduction en anglais via Babelcube.

Côté ventes, cela démarre doucement. Quoi de plus logique : en arrivant sur un nouveau marché littéraire, vous recommencer de zéro. Personne ne vous connait, personne ne vous a lu. On reprend tout du départ.

Le plus compliqué à ce jour reste la communication. Les codes et habitudes à l’étranger diffèrent bien souvent de ce qu’il se fait chez nous. Je sais que Kay a prévu de mettre en place des articles à ce sujet, et je ne manquerais de suivre cela de près et de vous fournir les liens et informations vers ces contenus dès qu’ils seront mis en ligne.

Pour ce qui est de la diffusion, si vous passez par Babelcube, votre livre sera diffusé partout. Si vous choisissez de gérer seul la traduction ou de passer par un traducteur en direct, vous devrez choisir entre les diverses possibilités. Pour avoir tenté Kdp select au début, j’en suis revenue et passe dorénavant par Draft 2 Digital, un diffuseur numérique très utilisé par les auteurs anglophones.

En effet, si je préfère tout gérer en direct pour mes romans en français, la charge de travail serait trop complexe si j’y ajoutais la gestion de ceux traduits. Je préfère me focaliser sur mes romans en français, et laisser le diffuseur se charger des autres. Une fois encore, il est question de choisir ce qui vous convient le mieux.

Enfin, ne vous focalisez pas forcément sur l’anglais. Oui, il s’agit de la langue la plus utilisée dans le monde. MAIS, c’est aussi le catalogue littéraire le plus rempli qu’il soit ! Il sera d’autant plus compliqué de se faire une place. Quand on sait que certains marchés ont de réelles opportunités pour les romans, notamment les marchés européens (italiens, allemands, etc.), peut-être est-il bon de bien cibler le public souhaité.

5 – Pour conclure

À la question : dois-je faire traduire mes romans ? Est-ce que cela vaut le coup ?

Il n’existe aucune réponse “type”. Chaque cas s’avère si différent, qu’il surtout ici question d’une longue réflexion personnelle. Qu’attendez-vous de cette traduction ? Envisagez toutes les possibilités : et si cela ne fonctionne pas ? Êtes-vous prêts à faire face à un éventuel échec ? Ne perdrez-vous pas trop gros dans l’affaire ? Est-il judicieux de traduire en telle ou telle langue votre histoire, et pourquoi ?

C’est avant tout une question de bon sens : inutile de se “ruiner” et de tout miser dessus. la traduction doit rester une porte ouverte, un “plus”, non pas un tapis de poker où l’on joue la mise maximum.

Au final, quoi qu’il advienne, une traduction reste une aventure très enrichissante, qui vous permettra, si vous sautez le pas, de découvrir d’autre fonctionnement, de rencontrer de nouveaux lecteurs, et ce sera aussi une aventure humaine marquante.

Recevoir des messages de lecteurs anglais et américains souhaitant lire la suite de ma saga parce qu’ils ont dévoré le premier tome, cela suffit à me dire que j’ai fait le bon choix, dans mon cas. Ils ne sont pas des milliers, mais chacun d’eux représente beaucoup à mes yeux.

J’espère avoir répondu à bon nombre de vos questions quant à la traduction de romans.

Je vous invite à consulter les sites nommés dans l’article afin de disposer de tous les éléments nécessaires pour votre réflexion.

Je vous donne rendez-vous prochainement pour un nouvel article,

Passionnément,

 

Blandine.

 

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2 thoughts on “Faire traduire son roman

  1. Coucou Blandine,
    Pour BabelCube, on touche 30% de la vente, c’est ça ? Et le livre n’est en vente que sur Babelcube ? (pas d’Amazon, et autre plateforme).
    Parce que 30%, ça reste raisonnable, je trouve, sachant qu’en ME, on touche beaucoup moins. Après, que le traducteur touche + que l’auteur, c’est un peu exagéré, c’est vrai, mais bon…

    1. Bonjour, non, les contrats sont évolutifs selon le nombre de ventes. Je n’ai pas les chiffres sous la main car je ne peux pas télécharger leur contrat.
      Le livre est diffusé partout par Babelcube.

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